Quand j'ai appris, incrédule, qu'un rugbyman
français s'était fait tabasser dans les rues de WELLINGTON après un match gagné par les All Blacks, je me suis dit que beaucoup de choses avaient changé en Nouvelle-Zélande depuis notre dernier
voyage il y a neuf ans. Un pays où les activités physiques et sportives font partie de la vie scolaire et sont pratiquées massivement par l'ensemble de la population tout au long de la vie et où
le rugby, à égalité avec la navigation à voile, est une véritable religion laïque soudant tout un peuple derrière son équipe dans laquelle les maoris se sont imposés au point que
le haka est une sorte d'hymne national reconnu comme tel par le monde entier...
En fait, le fair-play kiwi est sauf puisqu'il s'est avéré que Mathieu BASTAREAUD, la "victime", ayant trop bu d'alcool, s'était blessé tout seul dans sa chambre d'hôtel, "tabassé par un coin
de table" ainsi qu'ironise Daniel HERRERO, ancien rugbyman et chroniqueur averti, dans le JDD.
J'aime mieux ça. Au cours de nos deux voyages aux antipodes, j'avais été touché par la gentillesse, la simplicité et la droiture des néo-zélandais rencontrés et je ne pouvais croire, à moins
d'une révision déchirante des pratiques sociales, à cette agression nocturne.
Une nation pacifique, mais ses rugbymen ne sont pas des agneaux !
Evidemment, notre pays n'en sort pas grandi. Déjà que l'affaire du Rainbow Warrior avait sérieusement affecté l'image de la France dans le Pacifique et que la
reprise des essais nucléaires par CHIRAC en 1995 avait alourdi la barque, il semblait que le coup de boule de Zidane et le "casse-toi pov'con" de ZYKOSAR avaient fini de remplir la
coupe. Mais avec BASTAREAUD, elle vient de déborder et on peut se demander comment les joueurs français seront accueillis pour la Coupe du Monde en 2011.
Faut-il voir dans cette ridicule aventure une simple faute individuelle et le mensonge infantile d'un rugbyman au physique imposant, promis au plus
bel avenir ou bien le signe avant-coureur de bavures affectant un sport qui se professionnalise de plus en plus et risque de connaître les débordements* qui s'étalent depuis longtemps dans le
foot, le cyclisme, l'athlétisme.....?
Dans le rugby hexagonal, on voit de plus en plus de joueurs étrangers achetés à prix d'or, les vedettes françaises passent d'un club à l'autre tout en prétendant défendre "leur" maillot qui n'est
finalement que celui du sponsor. Les rugbymen, quel que soit leur poste, sont de plus en plus gros et musclés et de plus en plus souvent blessés gravement. Cela oblige les clubs à disposer d'un
volant énorme de joueurs et d'augmenter leur budget. Cette course aux millions qui a complètement pourri certains sports risque bien de frapper définitivement le rugby qui semblait, jusque là , Ã
l'abri des magouilles et du dopage. Trouvera-t-on une combinaison en polyuréthane pour empêcher de couler le rrruby ?
*Pas sur l'aile...