Ayant fait plusieurs fois référence à un
article que j'avais commis le 20/12/2001, intitulé "La Tentation de la Perfection", on me demande de le republier sur ce blog. Ce que je fais bien volontiers même si, dans le détail, il
n'est plus vraiment d'actualité. En revanche, sur le fond...
En cette période de Noël où le Commerce récupère une fête chrétienne, elle-même fixée sur les réjouissances païennes du solstice d'hiver pour convertir les populations crédules à de nouveaux
rites, il me paraît intéressant de se pencher, sinon sur la crèche, du moins sur le phénomène de la tentation.
Celles de St Antoine et de Jésus étant très connues, je ne m'y attarderai pas. En revanche, celles du chaland qui passe entre les vitrines croulant sous les jouets électroniques, les mémoires du
général AUSSARESSES, le foie gras truffé et les costumes Bernadette CHIRAC modèle CPNT-DIOR... restent à analyser pour savoir à quelle sauce le Père Lionel et Frère Jacques vont essayer de nous
cocufier dans les prochains mois.
Plus intéressant encore, ce qu'il faut bien appeler la tentation de la perfection qui sévit très largement chez l'homo sapiens sapiens*. Tentation si répandue dans les cohortes vertes qu'à chaque
consultation interne on assiste à une compétition effrénée pour savoir qui sera, à défaut d'être plus égaux que les autres**, les plus parfaits de tous.
Qui sera le plus ferme vis-à-vis du PS ? Moi dit la tendance J comme Jeune. Non moi dit la tendance A comme Acharné. Pas du tout, c'est moi dit la tendance
L comme Laissez-moi faire je m'occupe de tout. Qui est le plus autonome ? La tendance V comme Vélo ou la tendance W comme Waechter (hou la
la, je vais être excommunié pour avoir écrit le nom de l'antéchrist) ou le courant transcourants qui va à contre-courant ?
A trop rechercher la perfection, on oublie l'essentiel qui est de vivre, on manque l'action qui implique forcément des erreurs, on rate l'avancée qui nécessite le compromis, on exclut l'autre qui
marque sa différence. L'Histoire est pleine de ceux qui ont voulu une religion parfaite qui dressa des bûchers, une race pure qui aboutit à l'holocauste, une société idéale qui instaura le
goulag.
De grâce, n'ayons pas un parti irréprochable aux structures momifiées, aux militants dociles et aux chefs géniaux. Soyons modestes dans nos affirmations et moins exigeants vis-à-vis de nos
camarades. Gardons-nous de la tentation de la perfection*** et nous contribuerons peut-être à faire un monde plus juste, plus humain, plus vivable. Méditons la réplique finale de "Certains
l'aiment chaud" de Billy WILDER : Nobody's perfect !
*Je reste toujours baba devant cette appellation : sommes-nous si sages, si savants ?
**Une lecture répétée de "La Ferme des Animaux" de George ORWELL donne une dose salutaire de modestie et vaccine contre la tentation du totalitarisme.
***Qui me dira pourquoi, autrefois, quand on ne tutoyait pas encore le dieu des chrétiens, le Pater Noster se disait : "Ne nous laissez-pas succomber à la tentation" et qu'aujourd'hui on
demande : "Ne nous soumets pas à la tentation" ? Le dieu protecteur est-il devenu provocateur ?
Post-Scriptum : On voit bien que le temps a passé et que les Verts, dans leur ensemble, sont devenus plus sages. Le rassemblement qu'ils ont initié avec Europe Ecologie a minimisé les
divergences et dynamisé l'action politique. Les citoyens l'ont approuvé massivement même si cela déplaît à quelques uns (voir article sur la démission de M.Billard).